Uniforme

Patti Smith 1975 by Robert Mapplethorpe 1946-1989

Gentlewomen,

En faisant le tri de mes vieilles coupures de magazine, je tombe sur une interview de Patti Smith dans laquelle elle commente les images de sa vie (ELLE – 24 mars 2008)

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«  Sur la pochette de Horses (1975), réalisée par Robert Mapplethorpe, j’ai une chemise blanche aux initiales brodées, comme celle de Jean Genet sur une célèbre photo de Brassaï. J’aime la simplicité et le côté très direct de ce cliché et je voulais le même en noir et blanc. Je tiens ma veste sur l’épaule comme le faisait parfois Sinatra à la fin de ses films. […] J’aime le look masculin/féminin comme Jeanne Moreau dans Jules et Jim ou Ava Gardner dans La nuit de l’iguane. Je m’habillais vraiment comme ça à l’époque, et ma fille de 20 ans s’est exclamée en voyant cette pochette que je n’avais pas changé, que je m’habillais toujours pareil! Mon amie Ann Demeulemeester me fait des vêtements, et ce sont toujours des vestes noires et des chemises blanches, avec de temps en temps un ruban noir, genre Baudelaire photographié par Nadar. C’est mon uniforme. »

Elle ré-aborde magnifiquement l’histoire de cette photo dans Just Kids  (Denoël, 2010)

 « Cela ne fit jamais aucun doute : Robert [Mapplethorpe] allait faire mon portrait pour la pochette de Horses, mon épée sonore serait gainée de la photo de Robert. […] Je suis allée à l’ Armée du Salut sur le Bowery et j’ai acheté une pile de chemises blanches. Certaines étaient trop grandes pour moi, mai celle qui m’a conquise était repassée soigneusement, avec un monogramme sous la poche poitrine. Elle me rappelait un portrait de Genêt par Brassaï, en chemise blanche, à monogramme, les manches roulées. Sur la mienne étaient cousues les lettres RV. J’ai imaginé qu’elle avait appartenu à Roger Vadim, le réalisateur de Barbarella. […] J’avais en tête mon look. Il avait sa lumière. Un point, c’est tout . […] Robert a dit : “ Tu sais quoi ? J’aime vraiment la blancheur de ta chemise. Tu peux enlever ta veste ? J’ai jeté la veste sur mon épaule, façon Franck Sinatra. J’étais habitée par les références. Il était habité par l’ombre et la lumière.”

Avant de conclure: “When I look at it now, I never see me. I see us.”

Les références en images:

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Jean Genet par Brassaï, Paris 1947

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Frank Sinatra par Leo Fuchs, Kings go Forth, Nice 1959

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Jeanne Moreau dans Jules et Jim de François Truffaut 1961

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Ava Gardner dans La nuit de l’iguane de John Huston 1964

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Baudelaire par Nadar, 1858

J’admire le raffinement qui se cache derrière ce classique noir et blanc. Naturellement,  la dégaine de Patti Smith suffisait à donner corps à une simple chemise blanche mais derrière l’apparente simplicité, on accède à un monde profond nourri de références personnelles.

Je m’attarde beaucoup en ce moment sur l’aura des objets (vêtements compris), sur ce qu’ils m’inspirent, sur l’amour que je leur porte, sur les souvenirs qui y sont rattachés. Je ne voudrais posséder que des choses qui me racontent quelque chose.

C’est vers ça que je tends, ne conserver que des portes vers mon imaginaire derrière l’uniforme.

Et vous mes très chères, quelle relation entretenez-vous avec les objets?

Je vous souhaite une excellente journée,

Elise

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